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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 06:35





















  Août 1914.

 Odette a 17 ans, elle est en Angleterre depuis 2 mois, elle a appris l’anglais  à jouer au tennis, pesté contre la pluie, espéré de pouvoir affronter des joueurs plus chevronnés qu’elle, entretenu une correspondance quotidienne avec sa maman, dans les yeux de nouveaux amis elle s’est trouvée jolie, entendu les menaces de guerre, s’est fait du souci pour son frère Robby et  bien cru ne jamais pouvoir revenir en France.


Chérie Maman.

Me voici à Paris après bien des péripéties que je te raconterai, mon cœur bondit de joie et de reconnaissance envers Dieu qui m’a donné la joie de pouvoir prendre le dernier bateau.
Je partirai samedi en auto avec tante Maggy pour Grainville, si tu ne comptes pas rester à Grainville envoies-moi une dépêche et je t’attendrai ici : après tout ce que j’ai entrepris pour te retrouver, laisse moi vivre auprès de toi, mon devoir est prés de toi, et à moi tu confieras tes inquiétudes que tu ne confierais pas à quelqu’un de la famille même pas à grand-maman, et à toi seule mon cœur pourras faire part de ces inquiétudes
Je ne sais rien de Robby, en tout cas il ne peut pas s’engager tout de suite, il pourra venir nous embrasser à Grainville. Pour le moral il est peut-être préférable d’être à Paris, il règne un tel calme et un tel enthousiasme que l’on a confiance et qu’on se sent prêt à tout. Je ne suis plus une petite fille : voyagée seule en temps de guerre vous mûrit, je suis habituée à me rassasier car je suis restée un jour sans manger. J’aurai bien des choses à te raconter, drôles même au milieu de cette tristesse.
O. Fernand part demain matin à 10 heures, il est épatant ! c’est lui qui s’occupe de tous ses parents et amis, et c’est lui qui s’est procuré le passeport pour l’auto. Oncle Pierre n’est pas encore habillé, il m’a très bien accueilli et sont si gentils pour moi ! Les femmes se montrent dignes des hommes.
Prépare-moi un bon lit car je suis fatiguée et sois à Grainville quand j’arriverai, l’espérance seule d’avoir un baiser de toi me soutient.
Nous serons tellement mieux à Grainville, c’est plus facile de se nourrir à la campagne.
Je pense que tu dois être bien contente de mon retour ma calinette, il paraît que tu es mieux loin de moi ! Je ne peux le croire.
La vie coûte cher et il faut de l’argent pour vivre à Paris, à Grainville nous aurons ce souci en moins, attends-moi ma bien-aimée.
On commence à avoir tout le temps faim !

Ton Odette.

4 longues années douloureuses commencent pour Odette et sa famille, les papiers à lettre bordés de noir vont ressortir des tiroirs, les hommes dans les tranchées vivront l’enfer en croyant une fois de plus que cette guerre est la dernière…

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commentaires

K
Bouleversant !

"Il paraît que tu es mieux loin de moi." Qui a pu faire une chose pareille à cette enfant ? Le sais-tu ?

J'espère qu'un jour, mes filles m'écriront des lettres comme ça. Mais je crains que ce ne soit plutôt :
"Manma, je te kiffe grave, tu sais !"
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B
Si elles t'écrivent ça sera déjà bien.
M
très beau, naïf et sincère ce besoin, cette demande d'amour, d'autant plus touchant que nous connaissons les surprises que vont leur réserver l'Histoire.
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B
L'Histoire n'a épargné personne à cette époque.
M
C'est très émouvant ... 17 ans en 1914 c'était l'âge de ma grand mère paternelle, le temps d'une impossible insouciance ...
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B
Courte insouciance aprés rien ne fut pareil
F
Elle est très touchante ; je trouve que son écriture est très moderne.
Bonne journée, et merci.
 
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B
Dans ses impatiences oui. bonne soirée.
N
On lit dans cette lettre tout un manege de sentiments mais surtout la douleur insupportable de la separation avec la mere.
J'ai une cousine qui a ete evadee du ghetto de Varsovie en 1942 a l'age de 10 ans. Elle a vecu seule dans les champs jusqu'a ce qu'un pretre la recueille et lui donne des faux papiers. Dans ses annees de vadrouille elle a ete temoin des pires choses, pourtant elle n'en veut qu'a une seule personne: sa mere qui l'a forcee a quitter le ghetto, qui l'a eloignee d'elle. Dans une certaine mesure Odette et elle disent la meme chose:  "Je ne peux y croire".
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B
Je suis trés touchée par l'histoire de ta cousine.