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21 mars 2007 3 21 /03 /mars /2007 17:22


Paris-Plage le 27 septembre 1915.

 

Ma maman chérie.

Ce mot pour te dire que j’arriverai mercredi 29 à 15 h du soir, gare du Nord. Il est plus commode pour fermer la maison que ns partions le 29 au lieu du 30. Je te raconterai de vive voix des choses très amusantes, pour le moment je te dis seulement que tous les jours à 5h Jean et moi nous nous promenons sur la digue avec 2 officiers anglais.

Le temps est moins beau mais la pureté de l’air est délicieuse. Je reviens avec une aussi bonne mine qu’à mon départ. Quelle joie de te revoir.

Tendres, tendres baisers. Ton O.

 

 

Odette toujours en demande d’affection, Odette et ses horaires à la minute prés, Odette comme toujours en attente de retrouver sa mère, Odette et les jeunes gens, un, en particulier semble t-il. Où a-t-elle rencontré ce Jean P. ? Je sais qu’il est joli garçon, lui aussi a de nombreux cousins, dans sa famille protestante également, la foi tient une grande place, on se dévoue aux autres de bien des façons.

Odette s’inquiète de la session de septembre du « bachot » qui a été annulée, devait-elle le passer ? Je ne le saurais jamais.

Pères, fils, oncles, frères, cousins, la plupart des hommes sont partis au front ou vont partir, la famille resserre les rangs à Grainville autour des grands-parents, les femmes sont maintenant conscientes de leur valeur et rien ne leur fait peur, une femme égale un homme, dorénavant il faudra compter avec elles. Odette a un filleul de guerre belge, elle le gâte comme elle peut avec des lettres et des colis. Son amitié naissante avec Jean P. exalte son âme romantique, l’absence de Robby est lourde à porter, elle lui écrit des lettres enflammées, réclame des nouvelles et passe sa vie à attendre le facteur. Odette a mûri maintenant et se permet de donner des conseils à sa voyageuse de mère ainsi que de critiquer certaines personnes qui s’avisent de lui tourner autour, elle ne se gène  pas non plus pour écrire que tante Marthe ne s’intéresse pas du tout à la guerre, que les petits cousins sont des diables et qu’elle ne voyagera pas avec eux, après tout ils sont 3 et  ont chacun leur bonne. Odette se rebiffe un peu et c’est bien.

















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18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 08:44

Fidèles lecteurs afin de ne pas vous lasser avec mes litanies dominicales, ce matin pas un mot sur le marché où je n’irai pas,  encore sur le fait que Barnaby seras certainement remplacé par l’arrivée du Paris-Nice, coucou Co, ce matin c’est Maminette qui me remplace.

Bonjours mes fées, savez-vous que mes parents indignes ont profité honteusement de mon heureux caractère pour me laisser toute la journée de jeudi à la garderie, bon je ne suis pas traumatisée pour autant, j’aime bien les gentilles dames qui font des comparaisons avec mes frères, à mon avantage bien sûr, j’adore les jouets de toutes les couleurs que l’on me met devant les yeux et surtout elles n’oublient pas les repas et je peux faire mes siestes encore plus tranquille qu’à la maiso

Pendant ce temps les parents se prenaient la tête pour choisir les éléments de la salle de bains, la couleur de la moquette de N°1, quand ils doivent choisir quelque chose il y en a pour des heures, et je compare et je prends des chemins de traverse et je réfléchis puissament, les coups de cœurs connaissent pas ces 2 là. Après toutes ces heures passées devant un lavabo ils n’ont pas eu le temps d’aller chercher leurs lunettes, pourtant Mamamanamoi n’y voit plus rien. Le lendemain séquence hystérie collective chez les garçons, un ami ayant apporté 10 kilos de fraises ils sont devenus complètement fous, moi je n’ai eu droit qu’à un truc orange dans mon biberon, des carottes m’a-t-on dit avec un air gourmand, carottes peut-être mais j’avais encore faim après ça.
Il paraît que lundi nous aurons de la neige, pas trop j’espère ma poussette n’est pas un 4x4 et si je ne peux pas aller dans les champs comment le travail va-t-il se faire moi ? Hier tout le monde a cherché la clé USB de Mab, pas trouvé. Une bonne , excellente nouvelle même, Maman a reçu les cartes de réduction de famille nombreuse, après 5 mois de paperasse, de justificatifs de divorce, de coups de gueules au téléphone les voilà tranquilles pour 3 ans, ne manque que la mienne, je ne vais pas prendre le train demain !
Cet après-midi je reste chez ma grand-mère Monique, les autres vont au théâtre à Croûte, ben oui c’est à côté de Camembert.

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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 06:35





















  Août 1914.

 Odette a 17 ans, elle est en Angleterre depuis 2 mois, elle a appris l’anglais  à jouer au tennis, pesté contre la pluie, espéré de pouvoir affronter des joueurs plus chevronnés qu’elle, entretenu une correspondance quotidienne avec sa maman, dans les yeux de nouveaux amis elle s’est trouvée jolie, entendu les menaces de guerre, s’est fait du souci pour son frère Robby et  bien cru ne jamais pouvoir revenir en France.


Chérie Maman.

Me voici à Paris après bien des péripéties que je te raconterai, mon cœur bondit de joie et de reconnaissance envers Dieu qui m’a donné la joie de pouvoir prendre le dernier bateau.
Je partirai samedi en auto avec tante Maggy pour Grainville, si tu ne comptes pas rester à Grainville envoies-moi une dépêche et je t’attendrai ici : après tout ce que j’ai entrepris pour te retrouver, laisse moi vivre auprès de toi, mon devoir est prés de toi, et à moi tu confieras tes inquiétudes que tu ne confierais pas à quelqu’un de la famille même pas à grand-maman, et à toi seule mon cœur pourras faire part de ces inquiétudes
Je ne sais rien de Robby, en tout cas il ne peut pas s’engager tout de suite, il pourra venir nous embrasser à Grainville. Pour le moral il est peut-être préférable d’être à Paris, il règne un tel calme et un tel enthousiasme que l’on a confiance et qu’on se sent prêt à tout. Je ne suis plus une petite fille : voyagée seule en temps de guerre vous mûrit, je suis habituée à me rassasier car je suis restée un jour sans manger. J’aurai bien des choses à te raconter, drôles même au milieu de cette tristesse.
O. Fernand part demain matin à 10 heures, il est épatant ! c’est lui qui s’occupe de tous ses parents et amis, et c’est lui qui s’est procuré le passeport pour l’auto. Oncle Pierre n’est pas encore habillé, il m’a très bien accueilli et sont si gentils pour moi ! Les femmes se montrent dignes des hommes.
Prépare-moi un bon lit car je suis fatiguée et sois à Grainville quand j’arriverai, l’espérance seule d’avoir un baiser de toi me soutient.
Nous serons tellement mieux à Grainville, c’est plus facile de se nourrir à la campagne.
Je pense que tu dois être bien contente de mon retour ma calinette, il paraît que tu es mieux loin de moi ! Je ne peux le croire.
La vie coûte cher et il faut de l’argent pour vivre à Paris, à Grainville nous aurons ce souci en moins, attends-moi ma bien-aimée.
On commence à avoir tout le temps faim !

Ton Odette.

4 longues années douloureuses commencent pour Odette et sa famille, les papiers à lettre bordés de noir vont ressortir des tiroirs, les hommes dans les tranchées vivront l’enfer en croyant une fois de plus que cette guerre est la dernière…

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15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 08:09

Effet positif des journée printanières une ardeur nouvelle et bienvenue semble couler dans nos veines, nettoyages, rangement, éliminations d’encombrants cartons, intenses réflexions quant à l’utilité de garder tel ou tel objet, conseil de famille pour ne pas prendre de décisions à la légère afin de décider si cette année enfin nous allions jeter le bout de truc qui ne sert à rien, le machin cassé invendable même sur ebay, et bien oui deux fois oui nous avons pris de grandes décisions dans ce domaine hier et avant-hier, ma voiture est pleine de cartons eux-mêmes pleins de vieux papiers et ce sera le premier voyage à la décharge de l’année. Pas le dernier car Maky après aussi de nombreuses hésitations a décidé d’acheter une attache de remorque, elle est commandée. La remorque nous l’avons, c’est presque un collector, imaginez qu’elle a été fabriquée par ses élèves, sous ses directives quant il était prof dans un collège technique pendant un temps très court.
Les tomates sont douilletement installées devant une des fenêtres du salon, à côté de la commode Louis XIV, c’est la touche finale qui manquait, oh et puis il faut savoir sacrifier à la déco momentanément si l’on veut déguster des salades au dessus de tout soupçon quant aux engrais. J’assume.
Habituellement le jeudi je vous parle de mes ancêtres, ce matin mon texte ne me satisfaisait pas vraiment, je le peaufine pour demain.

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1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 07:20

Odette a maintenant 11 ans, c’est le mois de juillet elle es en vacances au château des ses grands-parents, Robby son frère est sans doute chez  des cousins et elle attend Jeanne sa maman avec une grande impatience, je vous livre sa lettre avec l’orthographe toujours aussi fantaisiste ce qui me fait dire que sa scolarité est bien négligée, mais c’est une fille…

 

Grainville.                                                                    Dimanche 12 juillet 1908.

 

Ma chère petite Manouche.

Mercie beaucoup pour ta gentille  lettre, au je suis bien contente de te faire plaisir et à papa aussi. Quel pluie ! C’est vraiment triste.
Au que je suis contente que tu vienne dans 7 jour « c’est par qu’on c’est quand » Samedi mais quel heures, je ne sais pas c’est probablement à 11 heures. Est-ce que Robby  vas à Rethondes. Peut-être que Rob viendra le 14 juillet. Hier soir le ciel était magnifique. Tu c’est je couche dans la chambre d’Oncle Pierre et bien ce matin ma montre s’est arrété alors je me suis levée parce que je croiai que c’était l’heure et je t’écris en attendant que Grand Maman vienne m’attacher les cheveux. J’ai très bien dormie. Je ne peux pas être libre le matin, il faut que je garde Irène. J’espère que ca ne te fait pas trop mal quand on te brule ton nerf, c’est affreux ! pauvre petite Manouche.
Je n’ai plus grand-chose à te dire. Je t’embrasse bien fort ma chère petite Manouche. Bientôt nous pourrons nous embrasser pour de vrai.
Ta chère petite fille qui t’aime de tout son petit cœur.


N’ayant pas connu Odette il m’est bien difficile de parler en son nom contrairement à Jeanne que j’ai bien connu, je ne peux que faire des suppositions. C’est une petite fille qui me semble un peu  trimballée de famille en famille, chez les uns et les autres et souvent réquisitionnée pour garder les plus petits qui sont  nombreux, les grands-parents réunissant tous leurs petits-enfants pendant les vacances. Cette lettre est datée du 12 juillet 1908, 57 ans plus tard Maky et moi nous nous marierons et 59 ans après à 4 jours prés l’arrière petite fille d’Odette verra le jour.


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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 08:02

Sur cette photo j’ai 3 ans ½, et déjà 1 an et demi de scolarité derrière moi, pas étonnant que je me sois lassée vite. A 2 ans Pomponette sans doute sous les regards de reproches de son père et du mien m’a traîné à l’école maternelle pour la seule raison que des plus jeunes que moi y étaient, j’ai hurlé une matinée entière et paraît-il qu’aprés le repas de midi je n’avais qu’une hâte :Y retourner. Je n’ai aucun souvenir de cette époque, les activités de loisirs étaient sans doute moins nombreuses que de nos jours, le matériel éducatif aussi je pense. La ronde des photos de classes maternelles s’amplifie sur les blogues, les photos de nos 20-30 ans aussi défilent avec pour touche finale une photo actuelle souvent prise de biais, un peu floue où  les ravages du temps sont dissimulés sous un foulard.
Je préfère vous mettre une photo, souvenir de vacances à Gruissan en 1969, avant que le film "37°2 le matin" ne rende célèbre ce village de pêcheurs aux maison sur pilotis dans le sable.

Fille Unique à 2 ans et moi 25 ! Ca fait un bail ! mais ce mois de septembre est encore bien vivace dans mon esprit. Sister allait ouvrir son magasin, Maky n’avait pas encore pris de vacances, Bonne-Maman se languissait de nous voir alors généreuse comme toujours elle nous offre 10 jours à la mer pas trop loin de chez elle.
Du mauvais temps presque tous les jours, un chalet plus que vétuste, on prend le jus dès que l’on touche un mur, pas très propre, mais une Fille Unique au mieux de sa forme qui nous fait plier de rire à chaque geste et répartie. Le soir elle adore conduire la voiture sur la plage, Maky n’est pas peu fier et s’amuse comme un fou à foncer droit sur les chalets pour dévier au dernier moment, et on trouve que notre fille conduit vite… Du haut de ses 2 ans elle devient le chef de bande des autres enfants, c’est la seule fille et elle sait mener son monde, non pas à la baguette mais au charme, elle sait toujours d’ailleurs.
En y regardant bien pour une fois je me trouve pas mal sur une photo, j’étais loin d’imaginer qu’un jour elle serait  sur un truc appelé internet, je ne pouvais certes pas penser que Fille Unique aurait 4 enfants, à cette époque l’an 2000 était du domaine de la science-fiction et pourtant nous y sommes en plein.
Ah j’oubliais le but de jeu c’est de me reconnaître sur la photo de classe,moi j’ai reconnu Tanette quand elle  s’est acquittée de son devoir, preuve qu’elle n’a pas changé. 

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 08:39

Mardi 12 février 1907 .

Nous sommes ce matin resté dans la serre, et dans la maison cette après-midi car il pleuvait très fort, Denise vas mieux. Je t’embrasse très fort, ta petite fille qui t’aime de tout son cœur. Je voudrais pour ma féte un « néssaire » et que tu fasses remplacer la perruque de Rossette.
Cet après-midi nous sommes resté dans la serre encore, Tante Lucy et tante Henriette et Madame Hayton n’était pas à la maison, Alors la cuisinière nous a promené. Maman chérie je t’embrasse bien fort, je te remercie pour ta lettre qui me fait plaisir. Si je reste à Bergerac plus longtemps que Pâques je ne pourrais pas le supporter, se n’ai pas pour te faire de la peine que je te le dit, enfin ma consience vient de me dire que je dois rester plus longtemps pour te faire plaisir à toi et à papa et comme tu le sais je ne ferai rien au monde pour faire de la peine à papa et à toi, je tacherai de le supporté.

Les fautes d’orthographes et de syntaxes ne sont pas corrigées volontairement.
Ceci est une des lettres qu’Odette écrit à sa maman Jeanne, son père est mort depuis 9 mois mais elle a toujours à cœur de ne pas le peiner.
Son orthographe est bien hésitante, sa scolarité doit être assez cahotique, les longs séjours qu’elle fait chez ses divers oncles et tantes la tiennent éloignée bien trop longtemps à son goût de sa mère et de son frère. Jeanne de son côté commence une vie qui sera faite pour elle aussi de séjours dans la famille et chez des amis.
Pour Odette c’est le début d’un chemin pavé d’inquiétudes de toutes sortes pour sa maman, dès l’age de 10 ans elle lui prodiguera conseils et marques d’affection tout au long de ses lettres, elle se fera du souci pour les trains qui emporteront Jeanne vers elle ou d’autres cieux, elle consultera les horaires bien plus souvent que ces livres de classe. Elle transmettra à son fils la manie de l’exactitude et des trains qui doivent arriver à l’heure.

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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 18:12

 

 

 

 

 

 

Bien doux est le temps du mariage, un premier enfant, Robert dit Robby, né le 18 janvier 1894 vient enrichir notre foyer, brun comme son père il nous comble totalement, chez mes frères et sœur aussi les enfants  nombreux agrandissent notre famille. Une petite Odette viendra en 1897 nous illuminer des ces yeux si bleus et de sa blondeur, aussi dorée que Robby est « pruneau ».

 

Paris est toujours un immense chantier, l’Exposition Universelle de 1900 se prépare à grands coups d’excavations, de bruits et souvent d’accidents mortels pour les ouvriers. Le pont Alexandre III, le Grand et Petit Palais sortent de terre, les 2 gares d’Orsay aussi, autant de choses qui sont  prétexte à promenades.

Les vacances se passent toujours chez papa et maman, grand-parents d’une vingtaine de petits-enfants qui galopent dans les couloirs, courent les champs, apprennent à chasser, pécher et donnent bien du tracas aux gouvernantes et précepteurs. J’aime particulièrement ces moments en famille où frères et sœurs se retrouvent comme au temps de l’enfance. Temps béni bien trop court.

Odette est une charmante petite fille en admiration devant Robby, tous les deux nous donnent d’immenses satisfactions par leur seule présence.

Nous en sommes en 1906, le mois de mai est chaud, mon Léonce est rentré fatigué, après un repas léger il va se coucher avec la dernière cigarette de la journée et de sa vie. Il a 42 ans, j’en ai 38, je suis veuve avec 2 enfants de 12 et 9 ans le ciel vient de s’écrouler sur nos têtes, plus  rien ne sera jamais pareil, la mort vient de faire son entrée dans ma vie, avec ses longs voiles noirs  elle va s’installer  pour longtemps.

Jeanne est choyée par toute sa famille, certes ses frères vont lui écarter tous soucis, vont l’entourer de leur affection, mais personne ne peut remplacer un mari et un père.

La semaine prochaine sa fille Odette qui nous a laissé une correspondance fournie prendra sa place.

 

 

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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 18:51

En 1887 j’ai 19 ans, le petit dernier de la famille, Raoul, a fait son entrée dans notre vie. Sans pour autant négliger une éducation religieuse très stricte et des devoirs envers ceux qui sont beaucoup plus mal lotis que nous une vie mondaine s’ouvre devant moi, réceptions et bals se succèdent, je sens comme une impatience autour de moi : « Jeanne devrait trouver un mari »

Je ne suis pas très pressée, la vie au sein de notre famille est bien agréable, la gaieté et la bonne humeur règnent, papa revient toujours de l’hôpital avec des histoires horribles qui nous font frissonner mais nous émerveillent aussi. Un jour il nous fait part de sa rencontre avec monsieur Pasteur. La vie est pleine de surprises, les voitures sans chevaux, à moteur, font un bruit effroyable dans les rues.Le téléphone est bien pratique pour prendre rendez-vous avec des amies.

Grâce à l’éducation qui nous est dispensée nous sommes à l’aise partout, nous pouvons fréquenter toutes les couches de la société, nous savons rester humbles mais une chose manque à mon éducation « Où  sont les cuisines ? »

Un jour que je ne sais pas si proche cette ignorance va me faire cruellement défaut. L’assassinat du président Sadi Carnot fait couler beaucoup d’encre.

En 1888 Monsieur Eastman invente l’appareil photo, plus besoin d’aller au studio Nadar. Par contre je dois endurer de longues séances de pose quand un peintre vient faire mon portrait et devant le résultat j’ai bien du mal à rester modeste.

Dans les théâtres Courteline remporte un vif succès avec des pièces que l’on juge un peu trop légères pour moi, mes petits frères lisent Hector Malot et pleurent en cachette. Un jeune homme nommé Marcel Proust commence à défrayer la chronique mondaine.

Les vacances  de 1890 nous ramènent les cousins de Mazamet, avec cette fois-ci un ami. Il s’appelle Léonce J, sa belle prestance me chavire le cœur, il est protestant, tout va bien, il possède une usine de cartes perforées pour les orgues de barbarie, fiançailles et mariage vont suivre.

Les cadeaux sont nombreux, papa et maman connaissent tant de monde, Les Pleyel nous ont offert un piano à queue, un peu mesquin, en tant que fabricant ont-il du penser, une armoire bretonne a suivi… Le  22 avril 1891 nous avons unis nos deux vies pour une éternité bien courte.

Je suis plus que jolie,la cascade de mes cheveux roux touche le sol je suis jeune, j’aime mon époux profondément, nous partageons la même foi, nous désirons des enfants, le ciel nous gâte.

 

 

 

 

Le piano à queue a disparu, l’armoire bretonne est chez Pomponette, elle renferme tous les albums photos, le portrait qui a demandé tant d’heures de patience à Jeanne est dans le salon et c’est l’exacte vérité qu’enfant Jeanne ne savait pas où étaient les cuisines. Autres temps, autres mœurs, autre manière de vivre, quelque fois j’aimerais aussi ne pas savoir où est la mienne

 

 

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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 06:25

En 1870 j’ai deux ans et déjà  ne suis plus la seule enfant dans la maison, mon frère Fernand est né pendant le siège de Paris, maman à attrapé la scarlatine, c’est très grave pour elle qui fait des convulsions et pour le petit Fernand qu’elle ne peut nourrir, les temps sont plus que troublés dans Paris, les gens ont faim, les nourrices sont rares et gardent leur lait pour leur propres enfants, mais papa ayant rendu de grands services à des religieuses celles-ci ont trouvé du lait, denrée rare et inestimable pour ce bébé hurlant de faim. Je dois m’habituer à ces pleurs car sept autres enfants viendront agrandir la famille. Isabelle, René, Marthe, Marcel, Pierre, Daniel et Raoul. Jusqu’en 1887 maman nous donnera presque tous les deux ans plus de frères que de sœurs, Isabelle nous quittera à presque 3 ans.

 

Dans Paris assiégé les obus pleuvent autour de la maison. Grand-papa Gustave envoie alors son cocher afin de nous amener chez lui, maman est encore affaiblie par sa maladie et la naissance de Fernand, mais nous arrivons sains et sauf rue des Ecoles, le lendemain nous apprenons la destruction totale de notre maison…

 

A partir de 1872 nous passerons tous nos étés en compagnie de nos nombreux cousins à Savigny/Orge, chez nos grands-parents qui louaient des maisons au fur et à mesure que les familles s’agrandissaient. Papa tenait absolument à nous faire quitter un Paris bruyant, pollué, encombré, adepte de la devise « Mens sana in corpore sano » études et activités sportives étaient au programme, les cours d’eau des environs nous offraient de belles promenades en barque et les chemins creux regorgeaient de mûres délicieuses. Le temps de l’enfance insouciante pendant de nombreuses années.

 

Des cousins de Mazamet venaient chaque été se joindre à nous, ce détail aura son importance. Le soir avant la prière du coucher nous jouons aux charades, parlons des nouvelles inventions qui fleurissent tous les jours, papa est très tenté par le téléphone, nos chevaux seront-ils remplacés par la locomotive qui fait un bruit d’enfer ? Et ce phonographe, je crains bien que sa fonction ne s’accorde pas beaucoup avec l’austérité protestante. On ne m’a toujours pas dit que j’étais jolie mais les miroirs me renvoient une image qui ne me déplait pas du tout, ah si seulement les frères cessaient de me tirer les cheveux, taquins ils sont, moqueurs nous sommes, le voisinage en fait les frais, mais on ne touche pas aux enfants du docteur, bien élevés mais chahuteurs en diable.

 

 

Petits faits anodins et anecdotes d’une enfance trop courte qui intéresseront, je l’espère, la cinquième génération, la dernière avoir côtoyée leur arrière grand-père Renaud qui était mon petit-fils. Je compte aussi sur Mab pour leur dire que toutes les deux nous nous sommes bien connues cela raccourcira un peu la distance et les années.

 

Tout ce qui précède est le reflet de la réalité, je n’ai rien inventé, simplement pioché de ci de là dans le journal du grand-père de Jeanne.

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