Famille, lectures, humeur du jour.

Il y a peu de temps encore le portrait aurait été celui d’une femme douce, effacée, vivant dans l’ombre de son époux, par lui et pour lui. C’est ainsi que je voyais ma tante, épouse du frère de papa. Ils nous recevait pour Noël dans l’appartement parisien de l’Avenue de la Grande Armée, nos 3 cousins cantonnés dans leur chambre attendant l’arrivée des invités et l’illumination du sapin, avec de vraies bougies, cadeaux, papiers froissés, quelqu’un au piano, cantiques et parquet crissant sous nos pas, noël citadin pour les campagnardes que Sister et moi étions. Tante Crilou officiait auprès de tous en parfaite maîtresse de maison mais toujours un peu en retrait derrière Oncle Guy.
Lorsque la maladie emporta ce dernier, une autre femme déploya ses ailes, une artiste dans tous les sens du terme, envolée la rigidité protestante, envolée le corset étroit de la famille, Crilou passe à la télé, Crilou ouvre une galerie à de jeunes artistes, Crilou écrit des livres, Crilou, se passionne avec une intelligence fine et perspicace à nombre de choses qui sont à des lieues de ce que l’on pouvait imaginer. Crilou a toujour la voix la plus douce qui soit mais dans son dernier livre autobiographique elle crie le malheur et l'injustice de n’être « qu’une » fille dans un milieu qui ne reconnaît que les garçons. Elle hurle de sa voix encore plus douce la douleur de voir son père et sa mère divorcer, la différence commence à s’installer dans le clan protestant et ce n’est pas bien vu. J’ignorais que ma tante Crilou pouvait avoir autant de talent, en premier et non le moindre, celui de manier un humour doux amer qui devient sous son clavier- plume une arme redoutable. « Pauvre petite fille riche » elle nous entraîne sur les chemins de son enfance dans le Doubs et c’est un vrai plaisir de découvrir, bien trop tard, quelle femme exceptionnelle nous avions comme tante.
Tante Crilou a 80 ans, une ligne de jeune fille, une énergie débordante et nous attendons avec impatience la
sortie du prochain livre.Que les parisiens ne se privent pas de visiter sa galerie, il y a toujours quelque chose à voir. Tapez sur mister G « Atelier Z ».
Ceci n'est en aucune façon de la publicité, elle n'en n'a pas besoin, juste un hommage affectueux.
Vous l’avez compris Maminette a regagné ses foyers.