Famille, lectures, humeur du jour.

Longtemps j’ai vécu dans la maison des chats, j’étais leur esclave consentante, heureuse de répondre à leurs moindres désirs, allant même jusqu’à marcher sur la pointe des pieds quand ils dormaient sur le lit ou élégamment vautrés sur le canapé, prenant toute la place, seule consigne, ne pas déranger.

J’ai cédé à tous leurs caprices avec une joie non feinte, j’ai hurlé leurs noms bien des soirs pour les faire rentrer, le ridicule ne m’a pas tué et ils ne sont pas toujours rentrés, j’ai déjoué les ruses de Nana qui allait se cacher dans une armoire dès qu’elle me voyait éteindre la télé, j’ai décroché du sapin le pataud Fifi plus souvent qu’à mon tour, je me suis extasiée devant Gros mimi et Ptit mimi, si beaux dans leur robe de chats de gouttière, j’ai sauvé plusieurs fois Nana bébé quand elle tombait dans la gamelle de Yago le chien en train de manger voracement, j’ai accompagné Gudule chez le vétérinaire pour sa dernière visite. Ils ont placidement accepté mes caresses, ont supporté vaillamment mon gâtisme vis-à-vis d’eux, le dernier a accepté dédaigneusement que mes mains soient sur un clavier plutôt que sur lui, tous ont vécu leur vie de chats, indépendante et soumise à la fois. Ils ont posé pour des photos idiotes, certains ont beaucoup cassé, d’autres se sont montrés collants à l’extrème, Maky a fabriqué des échelles pour qu’ils descendent du toit plus facilement, à leur service exclusif nous étions, une vie sans chat paraissait impossible et puis Sister à eu un Livio, bandit corse, qui en a fait voir à toute la famille de toutes les couleurs, puis un Barnabé, albinos et un peu sourd, pas facile non plus. Le jour de mes 50 ans May m’a ramené dans son blouson deux chatons, craquants mais Gudule m’a fait comprendre rapidement que c’étaient eux ou lui, j’ai choisi et fait don la meort dans la peine d’un chaton aux pattes Louis XV à une amie et l’autre à Archi mamy.
Et puis un matin de décembre, pas de Gudule à la fenêtre, pas de Barnabé chez Sister, j’arpente comme une âme en peine les rues alentour, la voie ferrée, je crie, appelle, sonne chez les voisins, en vain, me fait ouvrir des caves, rien rien rien. Les jours passent, un voisin vient me dire que les chats sont chez lui, dans son jardin, visiblement empoisonnés.
Une seule phrase me vient à l’esprit, « C’est fini même plus un papillon »
Maintenant ce sont les chats du voisinage qui viennent nous rendre visite. Je collectionne les chats en toutes matière mais plus en poils et les petits-enfants sont là pour que je gagatise.
