Famille, lectures, humeur du jour.

Je vais vous parler d'un temps que les moins de 75 ans ne peuvent pas connaître.
Voici donc ce qu'était dans le midi de la France ( jusque dans les années 40 )les jours de grandes lessives ou « bugado »
Dans les maisons de bonne tenue où les grandes armoires et commodes ventrues débordaient de linge accumulé par mariages et, ou héritages, (je me souviens entre autres d'une nappe pour les repas de chasse -24 couverts- auquels les femmes ne participaient pas, je vous raconterai si cela vous intéresse).
La bugado se pratiquait donc durant la semaine des Rameaux.
Bien sûr la bugadière était retenue à l'année, durant ces jours de grande lessive elle officierait à la maison, étant payée et nourrie et pouvant emporter les restes, (c'était ainsi et elle se savait nécessaire et appréciée).
Tous les draps, serviettes, torchons, taies d'oreillers, de traversin et d'édredon, une fois jugés sales attendaient un an le bugado dans de grandes malles en osier, au grenier largement aéré...
Pour cette bugado on sortait un grand cuvier de zinc et bois comme celui dans lequel maceraient les petits enfants sauvés par St Nicolas !
Dans la cheminée brulait un feu d'enfer alimenté de sarments et ceps de vigne qui chauffait jusqu'à ébulition un mélange d'eau et de cristaux de soude.
Le cuvier était tapissé de vieux draps rugueux ne servant qu'à cet usage. On y déposait le linge à laver, par couches successives, intercalées de cendre (gardée au cours de l'année dans de vieilles comportes), des sachets de lavandes, romarin étaient disposés de loin en loin.
Pendant ce temps dans des chaudrons de cuivre bouillait de l'eau additionné de cristaux de soude, cette eau serait versée sur le linge avec une grosse louche en bois.
Dans le fond du cuvier un robinet servait à régler le débit, l'opération durait plusieurs heures, jusqu'à ce que l'eau soit claire...
Ensuite c'était le rinçage dans des bassines communiquantes. Dans un temps plus biblique j'ai connu le rinçage à l'eau courante d'une rivière claire et chantante ainsi que le sêchage sur les cailloux blancs et les buissons qui bordent la dite rivière, C'était au pied du Canigou.
Le grand vent de Cers assurant un séchage rapide, tout était presque repassé. Le repassage des nappes et draps richement brodés se ferait un peu plus tard. Travail long et minutieux.
Le résidu liquide de la lessive que l'on appelait « lessif » servirait pour le grand nettoyage de printemps, sols, boiseries, vitres, tout y passait, cela sentait une odeur divinement propre et allègre qui nous disait que les beaux jours étaient là.
Quand sonnait le retour des cloches tout était presque rangé et la maison fin prête pour accueillir l'été.