Famille, lectures, humeur du jour.
Petitnamour1 était ravi hier de ne pouvoir aller au collège à cause de la neige mais que dirait-il si pendant un mois il serait privé de copains et de cours, beaucoup moins content que moi et 1954, hiver funeste pour beaucoup mais de vraies vacances pour moi.
Remontons le temps.
En 1954 papa est surveillant général dans un institut pour enfants, des garçons uniquement, difficiles, marqués par la guerre, des situations familiales compliquées, un QI pour certains pas tout à fait aux normes, il viennent de la France entière et ne retourne chez eux ou chez leurs parents nourriciers qu’une fois par an. L’insitut est dans un château entouré de forêt à 3 kms du premier village.
Hiver 54, le froid est rude, la neige est tombée d’abondance, le gel s’est mis la-dessus, les routes sont impraticables, les conduites d’eau ont gelées et la bonne nouvelle tombe « Tu ne peux pas aller à l’école » ça c’est du bonheur, maman va bien me faire aller quelques fois suivre les cours des enfants mais la perturbation que cela leur apporte et mon manque d’empressement font que je passe mon temps à courir les bois, à jouer à Davy Crocket tout en me félicitant de ces journées blanches et immobiles.
Un peu d’excitation certains soirs quand un abbé révolté joue au « Quitte ou double » à la radio, porté par l’enthousiasme de Zappy Max il remporte un gros chèque qu’il va consacrer aux sans abris, car il semblerait qu’à Paris des gens sont morts de froid dans la rue, comment est-ce possible, ils n’avaient donc pas de maison. A dix ans c’est très difficile de comprendre de telles choses.
En attendant je suis bien à la maison, je peux lire tout mon soûl, vagabonder des journées entières, à cette époque un enfant peut disparaître pendant des heures personne ne va déclencher le plan Alerte enlèvement, mais je surveille quand même l’état des chemins, il ne faudrait pas que ça fonde trop vite, pas pressée de retourner à l’école.
Je ne me souviens pas si nous avions déjà la télé, lucarne magique sur le monde, mais je ne me souviens pas non plus m’être ennuyée une seule seconde. Je me souviens par contre des énormes gamelles d’eau que l’on nous apportait à la maison pour pallier aux conduites gelées, cela ne devait pas faciliter les taches ménagères pour Pomponette, je me souviens très bien des longues parties de glissades, d’ailleurs je glisse toujours dans le couloir et dès que les petits tiennent sur leurs jambes je leur apprend ce mode de déplacement, leur tête en me voyant glisser vaut de l’or. Glissades et sauter dans les flaques d’eau il n’y a pas mieux.
Ce matin pas de blanc dans le jardin. Tant mieux, je n’ai plus envie de rester bloquée à la maison.