Famille, lectures, humeur du jour.
Prés de Reims le 27 juillet 1919.
Maman chérie, nous voici dans un petit village prés du camp de prisonniers où Manu est affectée, je suis contente que nous ayons quitté Reims qui est une ville détestable, le mal semble régner partout, c’est plein d’individus louches et l’on ne peut sortir seule, la ville est tellement détruite que c’est une vraie tristesse. Hier Manu m’a emmené voir les tranchées et champs de batailles, tant de jeunes vies y sont tombées comme notre Robby…
Manu m’a montré le point exact où il avait fait une patrouille.
Nous logeons dans une petite maison assez confortable, l’hôtel est partiellement détruit. Je n’ai pas encore grossi mais si tous les repas ressemblent à ceux d’aujourd’hui Guy deviendra un énorme bébé. Manu se tordait de rire en me voyant reprendre un énorme morceau de gâteau aux cerises. Pour digérer nous avons fait une promenade sur une ancienne position « boche », il reste encore beaucoup d’obus asphyxiants non éclatés et je me suis vite écartée. J’ai été très émue de voir toutes ces simples petites croix à perte de vue.
P.S. Sois bien prudente et repose toi beaucoup. J’ai hâte de te retrouver .