Famille, lectures, humeur du jour.
La maisonnée est réveillée depuis longtemps, Bonne-maman est partie travailler au bureau de poste, j’irai la chercher tout à l’heure, Pomponette s’active sans faire de bruit, Sister joue tranquillement sans doute, moi je me prépare en vitesse à aller retrouver les amis d’enfance ou bien le charron d’à côté qui me laissera actionner le soufflet de forge. Bon papa quant à lui dort encore du sommeil du juste, il est rentré tard, après la séance de cinéma quotidienne il s’est attardé à la terrasse d’un café sur la
place ombragée de platanes,

le bruit de la fontaine en fond sonore. Pendant des heures il a bavardé avec ses amis, pris des contacts, en fait je ne sais pas bien ce qu’il faisait, marchand de biens c’est vague pour une petite fille.
A dix heures il se lèvera, prendra son petit-déjeuner et ira sur la terrasse rouler sa première cigarette, ce rituel accompli, tout le monde aux abris, le plan grand nettoyage de printemps journalier est déclenché, torse nu, en vieilles savates, le pantalon retroussé, l’ancien marin retrouve les gestes du moussaillon engagé à 17 ans, pour nettoyer le pont. Tout y passe, les sols balayés, les meubles essuyés, les tapis aspirés et pour finir une apothéose d’eau qui dispense une fraîcheur relative sur le carrelage. Mais là ne s’arrête pas le ménage, une autre cigarette plus tard, il s’enferme dans la salle de bains et n’en sortira quà 13h récuré, rasé de frais, parfumé, le crane chauve brillant comme une patinoire, au sale le pantalon du matin, place à celui du midi, toujours torse nu il attendra que bonne-maman arrive pour faire la grillade et à 16h tranquillement, re-habillé, re- parfumé il partira à Narbonne, le jeudi ou à Béziers le vendredi, ne rentrera qu’à 21h après avoir traité de mystérieuses affaires, re- grillades au feu de bois, re cinéma et c’est ainsi que se passe la vie de cet homme tranquille, parti bien trop tôt, à 59 ans.
J’ai le regret que Maky ne l’ai pas connu, ils auraient pu partager les grasses matinées.